On pense à Roland Barthes quand il parlait des « éclats de langage ».
On pense à Robert Doisneau quand il photographiait des couples, des enfants et des vieux assis sur les bancs publics.
Et dans son viseur apparaissait peu à peu tout le portrait d'une société, toute la couleur d'une époque.
Alors photographions la parole errante...
Brûlé au soleil et griffé de pluie glacée, il est là, le banc, solidement ancré au sol, imperturbable devant les caprices du ciel et silencieux sous les blessures des hommes.
Brassens y a observé les baisers des amoureux. Doisneau la saisi avec tendresse au moment où un enfant pauvre lavait habillé de cartons pour en faire sa maison. Prévert y a surpris le désespoir assis.Les vieux attendent avec lui la fin du jour. Ils sy assoient pour voir sécouler le temps. Vieux couples usés de soleil et giflés de pluie qui sentendent encore parce quils se parlent sans sécouter.
[...]
Celui qui était venu pour écrire sétait assis pour recueillir ses propres phrases dans son carnet de notes, et le voilà submergé par celles des autres. Si bien que celui qui était venu pour écrire ses propres mots samuse à collecter les mots des autres.Le fou de lécrit et du langage sinvente des jeux étranges. Il prend maintenant lhabitude de sasseoir sur un banc pour saisir la parole errante, la tonalité de la rue. Il guette le bruissement du langage, la poésie et lhumour innocent des anonymes.
Sasseoir sur un banc et écouter le mot qui passe. On lentend venir de loin, porté par une phrase qui se rapproche. La voilà qui nous frôle, cette phrase, cette réplique. Elle nous frôle le temps de saisir quelques mots et senfuit aussitôt pour repartir dans le vent. Apparition, disparition. Tel le passage éphémère de lêtre humain sur cette terre, qui dit son mot et retourne au silence. Un être qui nétait vivant que pour dire son mot. Que reste-t-il de ces fragments furtifs ? Des phrases inachevées dont on ne connaît pas le commencement. Des phrases qui se montrent un peu mais ne dévoilent rien. Des histoires parcellaires aussitôt oubliées. Des bribes dexistences qui séchappent dune histoire en cours ou qui sapprêtent à y entrer. Des bouts de vies chapardés, des bouts de romans dont on ne connaît pas le début et dont on ne connaîtra jamais la fin. Des paroles en lair, des bruits de mots, porteurs ou non de sens, fragments dune histoire qui se déroule en réalité, mais qui reste à inventer pour celui qui écoute.Les personnages capturés sont anonymes, les tirets séparateurs du dialogue ont disparu. La forme typographique organisée nest plus nécessaire quand ceux qui parlent nont plus dexistence une fois quils ont parlé.
On dit que Picasso récupérait une quantité impressionnante dobjets hétéroclites quil entassait dans un coin de son atelier dans lidée quils puissent prendre un jour leur place dans une composition.
Celui qui écrit est dans le même état pathologique de chineur de matière première. Quand sur de simples paroles en lair la langue prend le souffle de la rue. Des phrases qui viendront un jour sonner vrai dans la voix intérieure de celle ou de celui qui lit.Un jour peut-être, ces mots pris au filet viendront se loger dans un texte ou un dialogue. Tels quils ont été chassés. Ou transformés, broyés sous la plume, malaxés, torturés, détournés de leur utilité première. Comme lobjet abandonné récupéré par le peintre. Comme cet objet quon avait jeté et dont on pensait que son histoire était finie. Il reprendra vie, lui quon croyait inutile et perdu, il renaîtra dans une autre histoire qui deviendra la sienne.
Paroles tenues
Notre époque a peur du silence. Le silence fait peur. Il traîne derrière lui une idée de mort. Alors on meuble avec des mots. On parle beaucoup pour avoir moins peur. Comme les enfants dans le noir.Le silence est le signe dune indigence. Notre monde dit de communication le juge ainsi. Une société qui bavarde beaucoup nest pas nécessairement une société qui brille de culture et dintelligence.
Meilleure et pire des choses, Esope, tout le monde connaît. Ce qui fait craindre le pire de la parole, cest son excès de vitesse. Lépoque est à la rapidité. On parle sans réfléchir comme on avale sans mâcher. Fast-food et fast speech. Surtout ne pas laisser de blanc. Rien de ce qui pourrait laisser croire à une hésitation. Lère de la performance nhésite pas, elle fonce. Pas une seconde à perdre, laction précède la pensée. Alors sur des sujets glissants, la parole fait des têtes à queue.
La télévision donne le modèle à suivre. La parole se fogielise. On pose une question, le questionné amorce une réponse, sil est trop lent, on le coupe.La parole haut débit ça fait logos de riche.
Qui de Condillac ou Boileau faut-il croire ? La pensée est-elle simultanée à la parole ou la précède-t-elle ? Quimporte puisque le temps manque pour suivre le précepte de Boileau. On parle, on crachote des syllabes, on multiplie les signes vocaux et, dans ce flux de postillons, au milieu du magma, on finira bien par trouver au hasard un mot qui exprime quelque chose. On découvrira sa pensée au moment où lon parlera, comme le sous-marinier découvre la mer au moment où il sort son périscope.
Au commencement était le Verbe.
À la fin sera le verbeux.
Labondance fait de la parole la plus inutile des choses.
On ninterprète plus le silence comme une expression. Ne rien dire, cest pourtant parfois dire beaucoup plus quon ne saurait le faire avec des phrases. Alors on se précipite à parler. Et les mots se télescopent. Les mots en profusion écrasent le sens. Les mots fanfaronnent et ne sont là que pour eux-mêmes. Les mots sont là sans rien dire. Uniquement pour trouver leur place dans la peur du silence qui les attend. La parole se déplie telle une béquille où repose lidée boiteuse, un déambulateur pour esprit au bout de ses forces. Flot continu qui coule et quon finit par ne plus maîtriser. La parole échappe comme un verre, lorsque trop pressé de le laver sous leau du robinet, une fraction de seconde suffit pour quil glisse des mains.
Silence, on parle.
Celui qui ne conçoit rien lénonce clairement, et les mots pour ne rien dire lui viennent aisément.
ISBN
: 2-9517108-1-X Copyright
René-Franck BONNEL, 2004
Vous
ne regarderez plus un banc public de la même façon.
Vous ne vous assoirez plus sur un banc public sans une petite crainte.
Vous ne parlerez plus devant un banc public sans faire attention à
ce que vous dites.
écrivain écrivains écriture écritures littérature roman romans édition
éditions éditeur éditeurs écrire meilleurs ventes livres meilleurs livres
best-seller best seller livres cadeaux rené-franck bonnel rené-franck
bonnel bonnel auteur auteurs bouquin bouquins romanesque lire lecture
lectures père papa séparation divorce garde des enfants droit de garde enfant
enfants enfance maltraitance enfants du divorce un flocon de neige au
soleil banc public bancs publics frappes chirurgicales ECRIVAIN ECRIVAINS
ECRITURE ECRITURES LITTERATURE ROMAN ROMANS EDITION EDITIONS EDITEUR EDITEURS
ECRIRE MEILLEURS VENTES LIVRES MEILLEURS LIVRES BEST-SELLER BEST SELLER
LIVRES CADEAUX RENE-FRANCK BONNEL RENE-FRANCK BONNEL BONNEL AUTEUR AUTEURS
BOUQUIN BOUQUINS ROMANESQUE LIRE LECTURE LECTURES PERE PAPA SEPARATION
DIVORCE GARDE DES ENFANTS DROIT DE GARDE ENFANT ENFANTS ENFANCE MALTRAITANCE
ENFANTS DU DIVORCE UN FLOCON DE NEIGE AU SOLEIL BANC PUBLIC BANCS PUBLICS
FRAPPES CHIRURGICALES