Ma
seule peine était de vivre continuellement sous la hantise
de son humeur filipendule que la moindre pichenette involontaire,
une parole, un mot pris en contresens, ou même ne rien dire,
pouvait nous faire basculer, en une fraction de seconde, de la sérénité
au drame.
Dans des bouffées
despérances, filochant des étoiles invisibles,
Kathleen poursuivait un ailleurs illusoire, une partance au retour
improbable pour une destination de souffrances. Décrépitude
sournoise de lêtre qui, nacceptant pas de devenir
ce quil est, dégénère insidieusement
son essence à puiser une force nouvelle dans des cavales
chimériques.
Elle était
belle dans la faible lueur hépatique du tableau de bord,
constellée de repentirs éphémères, la
cervelle occupée à lacérer mes nerfs, preuve
délicieuse quil y a des emmerdeuses romantiques comme
il y a des anarchistes de droite.
La connaissance et
la compréhension de son histoire renforce l'amour que l'on
éprouve pour un être. Rémi assemble comme
un minutieux puzzle les éléments qui lui permettent
de reconstituer cette histoire et expliquer la lente dégradation
de l'amour jusqu'à la rupture dont le besoin était
inscrit dans la personnalité de Kathleen.
Subitement, sa vie
bascule. Huit mois après la naissance de leur fille, la
mère le quitte pour renouer avec un passé inquiétant
et sans que l'on puisse préciser la frontière entre
la réalité et la mythomanie. L'enfant se trouve
maintenant dans une situation à risque.
Elle était
en train de me dire quelle voulait me quitter, lassée
dêtre trop bien avec moi, à la manière
dun employeur qui, impuissant à user son collaborateur,
se décidera finalement à le licencier au motif que
lentreprise nest malheureusement plus en mesure de permettre
lépanouissement de son immense talent.

Mais comment se débarrasser
du père de son enfant ?
Lui aussi pensait
que toute mère portait en elle des aptitudes naturelles
pour aimer et élever son enfant. L'évidence est
difficilement acceptable : une femme n'est pas nécéssairement
une mère et la maternité ne se résume pas
à la grossesse et à l'accouchement.
Il rêvait de donner à son enfant la tendresse du
père qui lui avait manqué.
Elle n'admet pas que son enfant puisse être plus heureuse
qu'elle et s'applique à reproduire sur sa fille toutes
les erreurs responsables des blessures de son enfance.
Comment se résoudre
à demander la garde de son enfant sans blesser la femme
qu'on a aimée ?
Comment convaincre un magistrat obstiné, capable de toutes
les manoeuvres pour ne jamais revenir sur la décision qu'il
a prise de ne pas confier un enfant à son père ?
Quand un enfant se
trouve au centre d'un divorce devenu conflictuel et en situation
d'abandon, voire de danger, le moins bien placé pour lui
venir en aide, c'est son père.
Surveiller son enfant
de loin, rester un père malgré tout, malgré
la distance, malgré les entraves.
Surtout, ne jamais
cesser d'être un père.
Oser dire sans généraliser
ce que personne ne veut entendre, affronter un tenace a priori
culturel.
S'épuiser
à nuancer son propos face aux préjugés d'une
justice cramponnée sur l'idée que les pères
ne se manifestent que pour régler des comptes contre leur
femme.
