"Il n'y a pas d'obligation légale à la lecture d'un manuscrit, pas davantage à sa publication."
Anne Carrière, éditrice, auteur de Une chance infinie, page 93, Éditions de la Table ronde, avril 2001.

Humeurs & impertinences

Mise à jour
27 octobre 2005

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Chroniques 2001-2003

L'avocate accordéoniste se fait remonter les bretelles [Octobre 2002] TF1 secoue le Tapie [Octobre 2002] In liber veritas [Octobre 2002] Sollers épinglé [Octobre 2002] Psychopathes alimentaires [Juillet 2002]En avril, ne perd pas le fil... [Juillet 2002] On est Verny ou on ne l'est pas... [Juillet 2002] Faut-il sauver le soldat Sagan ? [Juillet 2002]Ringstars [Mars 2002] Laffont en Lévy... tation [Février 2002]Potter contre pot de fer [Décembre 2001]Hot couture [Décembre 2001]Littérature "générale" : Aussaresses II, le retour [Déc. 2001]Mardi 11 septembre 2001... [Septembre 2001]Place du grand tome [Septembre 2001] L'annonce faite à Marie-Rose [Septembre 2001]Campus : j'ai décampé [Octobre 2001] Stephen King traque les souverains poncifs [Octobre 2001]Robbe-Grillet dégomme [Octobre 2001]Pauvert, le ramasse-miettes [Octobre 2001]Plus de peur que de mâles [Octobre 2001] La France littéraire s'ennuie... [Novembre 2001]Faux mage et désert [Novembre 2001] Gourance chez les gourous [Novembre 2001] Parricide la sortie ! [Novembre 2001]Publishing victim [Novembre 2001] “Rentrée” littéraire — Eur'up and down — Loft Scories : les psys causent — T'as pas 100 pages ? — La dernière blague de Philippe Sollers — Les aventuriers de Connes-en-tas — Loana écrivain ! — Prémonitions — Les grands zozauteurs de notre temps — Baptêmes médiatiques pour graines de couillons — Une chance infinie — Réticence ? — Illusion d'un futur.

 

L'avocate accordéoniste se fait remonter les bretelles


© 2002 - AFP

Valérie Faure est avocate au barreau de Bergerac. Dans ces heures de détente, son plaisir est de jouer de l'accordéon avec son mari sur les marchés. Elle a été sommée de s'en expliquer devant le conseil de discipline de l'ordre des avocats qui considère que ce loisir musical porte atteinte à la dignité de la profession. "jouer de l'accordéon dans les rues est indigne et ridiculise toute la profession" (sic), dit l'un des accusateurs.

Je peux le comprendre : accordéoniste amateur moi-même, je n'ai pas fait d'études de droit, considérant que la profession d'avocat était indigne d'un musicien.

Le souffle est léger pour le moment, presque imperceptible. Mais observons bien le mouvement de la société au travers même de la petite actualité comme ce fait divers qui peut paraître anecdotique et faire sourire. Nous sommes sous le souffle d'un évangélisme exterminateur de nos libertés individuelles. Profitant d'une série d'interdits dont la société aurait besoin pour se remettre en " ordre " (c'est un autre débat), les lobbies intégristes de toute nature en profitent sournoisement pour imposer les leurs selon l'idée qu'ils se font du politiquement correct. A ce rythme, on peut se demander si dans quatre ou cinq ans les étudiants ne descendront pas dans la rue en criant qu'il est interdit d'interdire...

Il me semble qu'un grand ténor du barreau avait été inquiété, il n'y a pas si longtemps, dans une affaire de tableaux. Je n'ai pas entendu le conseil de l'ordre crier à l'indignité. Quand Me Verges, dans l'une de ses habituelles provocations, pose nu dans sa baignoire devant les photographes d'un grand magazine, personne ne parle d'indignité de la profession.

Soyons honnêtes. Ne profitons pas du cocasse de la situation en faisant mine d'ignorer le vrai motif de mécontentement. Ce que le conseil de l'ordre reproche officiellement à l'avocate, ce n'est pas tant de jouer de l'accordéon dans les rues, mais de déposer à ses pieds l'étui de l'instrument ouvert, permettant aux passants d'y jeter une petite pièce. Le conseil assimile cette situation à de la mendicité et là se trouverait la fameuse indignité. La jeune femme proteste en disant qu'il n'y a pas mendicité puisqu'elle offre une prestation en échange. Quand on choisit comme instrument le piano du pauvre, il n'est pas étonnant que la mendicité l'accompagne.

Giscard jouait de l'accordéon et nul n'a jugé qu'il portait atteinte à la dignité de la présidence de la République. Et qu'on ne vienne pas me dire qu'il ne s'agissait pas de mendier des voix. Bill Clinton jouait du saxophone sur les estrades électorales et personne n'a pensé que cette indignité portait atteinte à l'image de l'Amérique dans le monde. Il fut un temps, de nombreux hommes politiques, membres du gouvernement et parlementaires, se précipitaient dans certains shows télévisés pour chanter faux (bien avant Star Academy) . Et qu'on ne vienne pas me dire qu'il n'y avait pas là une forme de mendicité électorale.

Quand un grand maître des prétoires qui se prend aussi pour un grand écrivain trouve un éditeur pour publier ses souvenirs d'enfance dont tout le monde se fout à part quelques membres de sa famille, personne ne va lui reprocher ses droits d'auteur. Il serait prétentieux d'établir une hiérarchie artistique et de croire que l'écriture d'un livre est plus honorable que de jouer de l'accordéon sur les marchés…

Pour que le conseil de l'ordre soit saisi de cette affaire, il a bien fallu un acte de délation. Là se trouve peut-être la véritable indignité.

Mais l'indignité, c'est aussi l'avocat qui "oublie" de venir assister son client (le cas est fréquent et je l'ai vécu) à une audience. L'indignité, c'est un juge qui vous convoque à 8 heures et qui se permet d'arriver à 11 h 30, sans s'excuser, prétextant qu'il a été retenu par une affaire importante, sous-entendu plus importante que la vôtre. L'indignité, c'est un président de tribunal qui demande à votre avocat, dans une affaire grave, d'écourter sa plaidoirie (et je l'ai vécu) "parce qu'il est convié à un apéritif et qu'il ne voudrait pas le rater." J'aurais mille fois préféré avoir devant moi un accordéoniste duquel j'aurais obtenu plus de doigté, un meilleur sens de l'harmonie et une attitude sans fausses notes, ce qui manque parfois cruellement à la justice. Sans parler de nombre d'élus politiques, avocats de professions, mis en cause dans des affaires et qui, retournés à la société civile, reprennent tranquillement leur profession... d'avocat !

La défense de l'accordéoniste est assurée par Me Collard, grand avocat médiatique et donc spécialiste des instruments à vent.

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TF1 secoue le Tapie

Ex-chanteur, ex-pilote de course, comédien de théâtre, acteur de cinéma, écrivain, homme d'affaires, consultant et présentateur télé, Tapie survit donc grâce à des petits boulots. TF1 l'accompagne dans sa réinsertion sociale, d'une façon totalement désintéressée, en lui confiant sa nouvelle émission A tort ou
à raison
.

Un Tapie très agité, un peu secoué, qui vient sur les écrans donner la paroles aux autres pour le seul plaisir apparent de la leur couper. Thème de la première émission : la prostitution. Tapie est contre et veut l'interdire.
" Je ne suis pas là pour faire la morale ", précise-t-il, tout en la faisant quand même puisque chacun sait qu'il est bien placé pour ça. Alors il cherche à rationaliser le comportement humain, à comprendre pourquoi les hommes vont aux putes, ce qui ne lui est jamais arrivé, bien entendu. Il découpe le problème en morceaux comme le ferait un audit fouillant dans ses comptes, ignorant que souvent les ressorts de la nature humaine nous échappent, tels ceux qui constituent la personnalité de Tapie.

Parmi les invités de cette émission sur la prostitution, la présidente d'une association de parents d'élèves… la PEEP. Prononcez " Pêpe ", on l'aura deviné, mais le sous-titrage insistant qui apparaissait à l'image chaque fois que la dame parlait (X. présidente de la PEEP) était sans équivoque sur le bon goût qui avait conduit ce choix. Du TF1 de grande classe.

Autre invité, l'inévitable Philippe Sollers, en tournée de promo. Tapie a réussi l'exploit de ne pas lui en laisser placer une, pas même une citation, c'est dire... Juste une idée à lui : "90% des hommes ne sont pas heureux sexuellement. " Parle pour toi mon garçon. Finalement, on le préfère quand il parle avec l'esprit des autres.

La seule satisfaction que l'on puisse tirer de ce genre d'émission, c'est ce bel exemple de réinsertion sociale car il est probable que le stage d'artisan boulanger que Tapie aurait souhaité était malheureusement complet.

Bientôt, un ancien serial killer viendra expliquer aux ménagères de moins de cinquante ans comment on découpe un poulet. Jean-Marie Messier présentera une émission dans laquelle il conseillera les meilleurs placements boursiers. Crozemarie animera le Téléthon. Michel Bon nous montrera comment se désendetter en sortant d'un crédit à la consommation. Et Papon, décidément en forme pour son âge, viendra tous les matins, en début de programme, nous donner un cours d'aérobic. Histoire de nous mettre en train…

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In liber veritas

On s'apprête à mettre sur le marché des vins sans alcool au prétexte de sauver l'économie des viticulteurs.
Bof ! on publie tellement de livres sans littérature pour sauver celle des éditeurs...

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Sollers épinglé

Dans son émission Tout le monde en parle, Thierry Ardisson demande à Philippe Sollers ce qu'il pense de cette phrase : "L'amour mène à la violence ou à la mélancolie."

"Je ne sais pas qui a dit ça, répond le Très Grand Écrivain de tous les temps, mais c'est quelque chose de très bête."

"C'est con, reprend Thierry Ardisson, parce que c'est vous..."

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Psychopathes alimentaires

On annonce 663 romans pour la rentrée littéraire de septembre 2002. la revue professionnelle Livres-Hebdo souligne que le nombre de romans publiés à l'automne a plus que doublé en dix ans.

On déplore 88 romans de plus cette année. Les spécialistes parlent de fuite en avant suicidaire.

La revue prévient : " les psychopathes pullulent, le sexe devient violent, les relations familiales passionnent, la psychanalyse envahit la fiction tandis que quelques jeunes gens s'amusent de notre société ".

McDonald's annonce aussi sa nouvelle collection avec, en vedette, du filet de poulet , admirable, la troublante sauce crémeuse à la ciboulette, la sulfureuse sauce épicée et, bien sûr, l'exceptionnel pain foccacia.
Admirable est le poulet, troublantes et sulfureuses sont les sauces. On croirait lire une analyse critique de La vie sexuelle de Catherine M.

Danone annonce à son tour ses nouveaux paniers de fruits. Toute une variété de yoghourts aux fruits, sa collection de saison, et la sortie de sa mousse Taillefine saveur vanille. " Vous serez séduits à la fois par sa texture légère et fondante et par son goût frais. Alors laissez-vous tenter par cette spécialité qui contient seulement 0,4 % de matière grasse et 88 kcal par pot. "

Messier le surdoué avait raison : pas d'exception culturelle, le livre est devenu un produit de consommation comme les autres. Comme chez Danone, les éditeurs ne vont pas chercher la difficulté. Dans un article publié par Télérama au moment du Salon du livre, on pouvait lire qu'ils ne recherchaient plus le style, le ton et les écritures singulières. Il faut plaire à la masse des lecteurs. Donc offrir des goûts neutres ou des goûts dont le succès est assuré d'avance. Qui irait mettre sur le marché un yaourt à la tomate alors que tout le monde sait que c'est la fraise qui se vend le mieux ? Comme chez Danone que je vous dis...

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En avril, ne perd pas le fil...

Je n'ai pas très bien suivi ce qui s'est passé dans notre pays au mois d'avril. Au mois de juin non plus d'ailleurs. Et les choses ne s'arrangent pas en juillet. Il faut dire que la télécommande de ma télé est tombée en panne. Ce sont les touches qui se sont coincées. Puis décoincées, subitement. Pour se coincer de nouveau. En appuyant sur le chiffre 6 on avait la 1, ou l'inverse. Un vrai cauchemar.

D'abord, je me souviens que je regardais le loft sur M6. Il y avait là des gens très sympathiques et très cultivés : Lesly (prononcez laisse-l'aïl - qui vient de sortir un disque et qui prépare un livre... Merci Messier !), Félicien, Angela, David, Kamel, Chiotte-nénette (si je n'écorche pas le prénom),Thomas, Karine, Romain, Julia, un rat, quelques poules, un coq et une béchamel ratée.

Puis je crois qu'on a demandé aux téléspectateurs de voter. Du coup, Lionel est sorti du loft. Apparemment, les gens ont préféré Jean-Marie. Ce choix n'a pas du tout ravi les poules. Elles sont descendues dans la rue. Elles portaient des cocardes tricolores. Sans doute le label qualité "poulet de France". Elles protestaient contre le coq gaulois Jean-Marie qu'elles n'aimaient pas parce qu'il voulait renvoyer Kamel dans son pays alors que son pays c'était le loft.

La semaine d'après, les téléspectateurs ont de nouveau voté. Cette fois, ils ont fait rentrer Jacques dans le loft. Même ceux qui n'étaient pas pour ont voté pour (oui, je sais, c'est compliqué mais il faut être un peu intellectuel pour suivre le loft). Jean-Marie s'est retrouvé les ergots dans la merde, ce qui est assez courant chez un coq. Du coup, Jacques a fait rentrer Jean-Pierre dans le loft. Il a promis de ne plus plumer les poules. A son tour, Jean-Pierre a demandé à Nicolas de s'occuper des poulets. Entre-temps Thomas a fait son coming-out, ce que Bertrand de Paris a trouvé courageux.Puis Jean-Pierre a dénoncé le poulailler d'en bas et le poulailler d'en haut. Là-dessus, Zinédine a accouché, ce qui lui a causé une douleur à la cuisse. Puis il a pris l'avion pour rejoindre une bande de copains lofteurs qui étaient partis au Japon pour faire la tournée des boîtes de nuit et des peep-show. Puis tout le monde est rentré assez vite pour ne pas manquer la fin du loft et parce qu'ils avaient tous des choses plus importantes à faire : des pubs pour SFR, des spots télévisés pour la viande de bœuf, pour des shampooings aux œufs, poser sur des couvertures de magazine, enregistrer des disques et écrire des livres peut-être même. Leur vrai métier de star, donc. Lionel, vexé, a préféré se retirer, il ne voulait plus entendre parler du loft. Roger, lui, a attendu qu'on le foute dehors avec des indemnités. Thomas est tombé amoureux de Romain. Jean-Marie, l'autre, le dégât des zozos, s'est augmenté la paye de 250%. Bixente (Lizarazu) a dit qu'il était rentré en France parce qu'au Sénégal ils avaient égorgé des poules et que c'est pour ça qu'il avait pas eu de chance. Thomas et Karine ont été désignés comme le couple vainqueur par les téléspectateurs. Michèle fait son service militaire. Jacques a pris le loft en mains et veut remettre de l'ordre. Jean-Pierre et Gilles (de Robien) font réparer les ascenseurs. Le niveau de la France va enfin s'élever. Parce que pour relier le poulailler d'en bas et le poulailler d'en haut, faut prendre l'ascenseur, c'est logique. Donc le mien est condamné depuis une semaine. Monter les escaliers à pied c'est bon pour les mollets. Faire gaffe quand même de ne pas se blesser la cuisse, ce qui m'obligerait à accoucher comme Zinédine. Jean-Marie (celui de l'univers sale) aussi a été condamné par les actionnaires. Ils n'ont pas voulu lui renvoyer l'ascenseur. Mais ils lui ont donné des sous parce que 250% d'augmentation c'était pas suffisant pour s'acheter un loft avec Karine. Vu qu'il est à la rue maintenant sans son petit pied-à-terre de 15 millions de dollars que Vivendi lui avait payé aux States. Plus un sou, je vous dis. Pas même de quoi renouveler son tiroir de chaussettes. Et puis sur le plateau de M6, personne ne lui avait fait de propositions genre animateur télé ou mannequin pour une marque de machine à laver ou de produits de parfumerie. C'est un nommé Jean-René (Fourretout) qui a pris la suite de Jean-Marie. Bizarre comme nom pour quelqu'un qui doit remettre de l'ordre dans les comptes. Fourretout, c'est peut-être un des nombreux partenaires de Catherine Millet. Est-ce qu'elle baise dans les ascenseurs Catherine Millet ? Si c'est le cas, elle doit en vouloir à Jean-Pierre et à Gilles d'avoir condamné les ascenseurs. Et si on en est arrivé là c'est parce que Jacques est entré dans le loft. Et si Jacques est entré dans le loft c'est parce que les gens n'ont pas voulu de Lionel. Les téléspectateurs ont préféré voter pour Arlette ou pour le facteur. Si bien que Lionel a perdu des voix. Mais Arlette, de toute façon, ne voulait pas rentrer dans le loft. Elle s'était simplement présentée au casting pour faire des effets avec son pull La Redoute. Un nommé Trichet, gouverneur de la Banque de France, va passer en correctionnelle. Pas malin de prendre un banquier qui porte un nom pareil. Les pseudos comme laisse-l'aïl, ça existe quand même ! Aux dernières nouvelles, on aurait voulu assassiner Kennedy lors d'un défilé de mode chez Maxim's. Le coupable a dit qu'il voulait être star. Comme les gens du loft. Voilà, je crois que, malgré la panne, j'ai bien reconstitué l'ahurissant puzzle de l'actualité.

Finalement, même si on n'y comprend rien, avec une télé en panne on s'emmerde beaucoup moins qu'avec une télé qui marche.

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On est Verny ou on ne l'est pas...

Vincent Ravallec, cinéaste et écrivain (Le Seuil), raconte sur Europe 1 le stratagème qu'il a utilisé pour se faire éditer.

Alors qu'il était assistant réalisateur sur Antenne 2, son patron lui répétait qu'il n'était bon à rien, qu'il n'arriverait jamais à quoi que ce soit. Piqué au vif, Il eut l'idée de subtiliser un papier à lettre à en-tête d'Antenne 2 et, au nom de la chaîne, envoya une fausse recommandation à Françoise Verny, à l'époque directrice de collection dans une grande maison d'édition et considérée comme la papesse du métier : "Ma cocotte, merci de recevoir le jeune Vincent que je te recommande particulièrement...", disait à peu près le mot.

Deux jours plus tard, pas de réponse. Le jeune Ravallec envoie donc un deuxième faux courrier à Françoise Verny : "Dépêche-toi de réagir, ma chérie, car Grasset est sur le coup..."

L'effet fut immédiat. En rentrant chez lui, le soir, la voix grave et cassée de Françoise Verny sur le répondeur : "Je veux vous voir tout de suite..."

Françoise Verny conseillait aux auteurs de se faire une "expérience de vie" avant de se lancer dans le métier, sans forcément suivre la voie universitaire. Voilà qui devrait faire réfléchir Josyane Savignaud, du Monde, puisqu'une expérience de vie éxige au minimum qu'on ait un peu vécu...

A ceux qui prétendaient qu'elle avait "fabriqué" des auteurs, elle répondait qu'elle ne pouvait pas donner du talent à ceux qui n'en avaient pas. "Si un manuscrit a un intérêt, je peux aider l'auteur à améliorer son contact avec le public. C'est tout. Mais je lis très peu de bons romans. Sur 2 500 à 3 000 manuscrits que nous recevons chaque année, nous n'en publions que cinq. Les Français écrivent plus qu'ils ne lisent !"

C'est pourtant ce métier que Françoise Verny appelle toujours "le plus beau métier du monde".

Dommage que l'édition française privilégie en ce moment celles qui, de tous les métiers du monde, ont surtout exercé le plus vieux. Ce qui ne suffit pas à faire un auteur.

Sans vouloir leur enlever ni le pain ni le porte-plume de la bouche...

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Faut-il sauver le soldat Sagan ?
Exception culturelle... et fiscale

De nombreux écrivains et critiques ont lancé une pétition en faveur de Françoise Sagan, condamnée en février dernier à une peine de prison avec sursis pour une dissimulation fiscale de 838.469 euros (5 millions et demi de francs) sur ses revenus de l'année 1994.

Le texte dit ceci : "Sagan doit de l'argent à l'État, mais la France lui doit beaucoup plus : le prestige, le talent, un certain goût de la liberté et de la douceur de vivre. Nous demandons aux autorités concernées d'adopter une solution rapide et décente aux problèmes fiscaux de Françoise Sagan, pour lui permettre de retrouver sa tranquillité d'esprit et de se consacrer à son œuvre. Sous tous les régimes, la France a su respecter ses écrivains. Il serait dommage de créer une exception pour de vulgaires raisons matérielles."

Parmi les signataires, on trouve Philippe Tesson, Olivier Frébourg, Marc Lambron, Patrick Besson, Jean-Marie Rouart, Daniel Rondeau, Geneviève Dormann, Jérôme Garcin, Stéphane Denis, Frédéric Vitoux, Bernard Frank, Patrick Rambaud et Frédéric Beigbeder.

Ce que ces écrivains appellent "de vulgaires raisons matérielles", ce sont les raisons à la fois économiques, morales et pour tout dire citoyennes qui nous contraignent, vous et moi, à payer bêtement des impôts sur des revenus nettement plus modestes et gagnés grâce au travail effectif que nous réalisons tous les jours, nous qui n'avons pas la chance d'avoir été largement gratifiés par la société Elf, sur instruction de François Mitterrand, pour une mission fictive.

Devant l'exposé de ce "cas social", le sort des nombreuses familles françaises financièrement en difficultés et qui ne parviennent pas toujours à obtenir de leur percepteur un étalement de la dette fiscale, paraît vraiment dérisoire.

J'ai bien entendu tout le respect que l'on veut pour Françoise Sagan et son œuvre. Mais je relève parmi les signataires le nom du journaliste Philippe Tesson. Tous les samedis matins, sur France Inter, il tient débat avec son confrère Roland Joffrin du Nouvel Observateur. Ses propos sont sans ambiguïté : il est pour l'impunité zéro. Oui, mais voilà, apparemment pas pour tout le monde, là aussi il y aurait une exception cultuelle. Et c'est bien conforme à ce que je pense de l'impunité zéro qui n'est jusqu'ici qu'un slogan démagogique et rien d'autre, scandé surtout par tous ceux qui pensent que l'impunité concerne tout le monde sauf eux, évidemment.

Je compte donc sur Philippe Tesson pour aller expliquer dans les cages d'escaliers des banlieues que la punition pour un vol de scooter (ou le vol d'un bouquin de Sagan au supermarché) relève de l'impunité zéro et qu'une fraude fiscale de 5 millions et demi de francs appelle le pardon de la France.

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Ringstars (Mars 2002)

"[...] JP chante comme une casserole, il se présente "ventriloque du cul", traite sa partenaire de putain, ses professeurs d'enculés, refuse de chanter "Cargo de nuit", c'te merde, mais... il a une présence. Il plaît. Si bien que, désigné pour l'élimination à cinq reprises, par les professeurs, il a été dépassé par Mario, "c'tenculé", comme il l'appelle. Dépassé d'une très courte tête, 0,8 % des appels. JP out. A-t-on agi, à TF1, pour que les appels soient à la fin comptabilisés de façon à débarquer un garçon incontrôlable, grossier, faiseur d'histoires ? Les supporteurs de JP le soutiennent. C'est invérifiable : le contrat entre la Une et France Télécom garantit le secret sur toutes les opérations. Mais le soupçon épice désormais la sirupeuse compétitions. Quelle angoisse !"

Qui parle ainsi de son angoisse ? Françoise Giroud, dans sa chronique de télévision "Les mousquetaires de l'après-Pivot", parue la semaine du 17 janvier dernier dans le Nouvel Observateur.

Les lofteurs pétaient. JP de Star-cacadémy pète aussi. Les chaînes de télévision l'ont compris : qui sème les vents récolte les pépètes. La télévision nous vend du vent, mais comme on le rappelle de façon scolaire au publicitaire débutant : n'oubliez pas que c'est le vent qui fait tourner les moulins.

M6 nous prépare donc une nouvelle version d'aérophagies polyphoniques et intello-intestinale de Loft Story, la chambre à gaz de ce début de siècle, et œuvre actuellement au casting des "ringstars" (contraction de ringard et de star que j'ai inventée pour exprimer exactement la façon dont je juge les célébrités marketo-audimatées de notre époque) qui seront au printemps nos nouveaux cousins péteurs. Flatulence, quand tu nous tiens.

Françoise Giroud note la baisse d'audience de Campus, l'émission littéraire animée par Guillaume Durand sur France 2 (voir mon billet Campus : j'ai décampé !) " Globalement, écrit Françoise Giroud, le livre n'est pas négligé par la télévision. Ce qui inquiète aujourd'hui, c'est que, selon les libraires, il n'y a plus d'émission "prescriptrice". Autrefois, il y avait un ouvrage au moins, dans chaque émission de Pivot, dont la vente décollait aussitôt. Cela, c'est fini. Aucune nouvelle autorité ne s'est installée qui déclenche l'impulsion d'achat. Guillaume Durand a cru pouvoir lui substituer celle de critiques. Mais le lien de confiance avec l'acheteur potentiel ne s'est pas créé. Dans le dernier "Campus", un livre était à mettre en valeur, en dehors des ouvrages politiques, le roman de Tonino Benacquista, "Quelqu'un d'autre". Une perle. Un brouhaha stérile l'a accompagné. Le lendemain, les libraires ne savaient même pas qu'ils avaient ce titre en magasin (Gallimard)."

Pivot nous faisait partager sa passion des livres et des auteurs. Il n'était pas sous contrat avec une maison d'édition, ce qui le rendait plus libre. Il n'avait pas dans ses tiroirs un roman à placer qui pouvait rendre ses enthousiasmes suspects. Il savait faire parler les auteurs et nous les rendre attachants. Un duo Pivot-Modiano produisait des silences et des hésitations plus signifiants que les jacasseries d'une volière de journaleux parisiens. Et on allait acheter le samedi matin le livre qu'on avait vu pétiller dans œil de Pivot la veille au soir.

Je regarde peu aujourd'hui les émissions littéraires de la télévision. On n'en devient pas meilleur charcutier en s'obligeant à regarder les documentaires sur la vie des animaux.

 

Petite déprime microcosmique parisienne

Écrivains, rangez vos plumes ; peintres, épilez vos pinceaux ; sculpteurs, cassez-nous les moules ; musiciens, classez vos notes ; chorégraphes, rangez vos ballets au placard ; cinéastes, rembobinez vos scénarios ; couturiers, jetez vos dés.

Sur Europe 1, une journaliste s'entretient avec Régine Desforge, auteur et éditrice :
- "Quel conseil donneriez-vous à un auteur débutant ?
- Aucun, tout a été dit. Tout a été écrit."

Chérie, ce soir nous ne ferons pas l'amour puisque d'autres l'ont déjà fait avant nous.

Tout aurait été dit, donc. On comprend mieux pourquoi tant de manuscrits sont rejetés par les maisons d'édition. Tout a été dit, pense-t-elle mais, sous-entendu, moi je continue à publier. Parce ce que c'est moi et que je le mérite.

Si c'est là le propos d'un écrivain en déprime, je le comprends. Dans les moments de doute, on se demande à quoi bon rajouter du papier au papier et enfiler des phrases que peu de gens liront. Fatigué, on pense que tout effort d'écriture est devenu inutile, tout a été dit. Hormis ce spleen passager, comment prétendre sérieusement que tout a été dit ? D'abord faudrait-il que l'être humain ait connaissance du "Tout" pour avancer qu'il a été dit. Si Voltaire avait pensé que tout avait été dit, nous serions privés d'une bonne partie de son œuvre.

Le monde serait-il figé ? Les sujets de révolte manqueraient-ils ? Nos sociétés sont-elles à ce point parfaites que Voltaire ne reprendrait pas aujourd'hui sa plume pour dénoncer une injustice ?

Tous les drames de la comédie humaine, tous les ressorts et les faiblesses de l'être ont été exploités depuis que l'on écrit. On chante l'amour depuis longtemps et on pourrait penser que le sujet est épuisé. Et pourtant non, la même trame sera exploitée diversement avec une sensibilité et des mots différents par un Brel, un Brassens, un Léo Ferré ou un Aznavour.

Ceux qui pensent qu'il est devenu inutile de dire feraient bien de commencer par la mettre en veilleuse.

Yves Saint-Laurent est mort. Je veux dire qu'il a pris sa retraite, mais la façon dont les médias nous renvoient l'événement ressemble fort à un enterrement. Surprise, j'entends que "la haute-couture, c'est fini.", que "rien ne sera plus comme avant..."

Mais quelle est donc cette déprime qui frappe le microcosme parisien ! Déclarer que la haute-couture est finie n'est pas très courtois à l'égard des confrères survivants. Un comble, sous le coup de l'émotion, les dits confrères défilent devant les caméras pour confirmer le deuil de la création.

Comment s'assurer que nous avons une parfaite connaissance de tous les créateurs vivant sur la planète quand on voit comment la télévision notamment, média principal, traite le talent. La place accordée à ceux qui n'ont rien fait est tellement importante qu'il en reste peu pour nous montrer les vraies valeurs. Je suis persuadé qu'il existe quelque part un jeune couturier de talent qui n'a pas rencontré la personne qu'il faut ou que le système du profit immédiat refuse et que la télévision ignore pendant qu'elle nous inflige des Jean-Pascal qui pètent, des Laure qui pissent dans la piscine et une Jenifer qui s'inquiète des consistances fécales de son compagnon de chambrée.

Quel est ce monde imbécile qui pense que le mouvement des idées et de l'art s'arrêtera avec leur petite personne ! Qu'il ne peut plus y avoir de bon goût que le leur et d'artistes que ceux qu'ils ont idolâtrés pour indirectement s'approprier une part dans leur talent, un mérite dans leur révélation et une petite gloire dans leur succès ! Il existe sûrement dans un lycée ou un collège de France, au pire dans une maternité, le Yves Saint-Laurent de demain. Mais celui-là ne sera pas une contrefaçon de Saint-Laurent et c'est tant mieux. L'art a horreur des redites. Il sera "Lui", c'est tout ce qu'on lui demande.

Tout a été dit. Mais tout reste à dire.

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Laffont en Lévy... tation (Février 2002)

Europe 1 diffuse actuellement un message publicitaire des Éditions Robert Laffont pour promouvoir le dernier livre de Marc Lévy Mais où est-elle ?

Le message ne craint pas d'ajouter ce slogan :
"Marc Lévy : l'écrivain français qui fait rêver le monde entier..."

Mazette ! "L'écrivain français qui fait rêver le monde entier" !

Décidément, il y a des prétentions qui taillent grand. Et quand on a les chevilles enflées à ce point, il ne doit plus rester que la lévitation pour continuer à se déplacer.

Je suggère donc aux agences de pub : "Catherine Millet, l'écrivain français qui fait bander le monde entier..." (Et là au moins on en a la preuve. Tangible, au sens propre du terme) ; "Jean Aussaresses, l'écrivain français qui fait hurler le monde entier..." (le doigt sur la soudure du pantalon) et "Loana, l'écrivain français qui n'a pas fini de gonfler le monde entier..."

Un conflit juridique est passé inaperçu cet été à propos du précédent roman de Marc Lévy Et si c'était vrai... "L'affaire" avait été dénoncée par le journaliste Karl Zéro. L'auteur était accusé d'avoir plagié, à la demande de son éditeur, l'œuvre d'une romancière russe, Madame Garmarch Roffé, refusée par Robert Laffont en 1994. Karl Zéro a été poursuivi en diffamation.

Et si c'était vrai...

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Potter contre pot de fer (Décembre 2001)

Joanne Kathleen Rowling, auteur désormais célèbre de Harry Potter, a bataillé pendant deux ans avant de trouver un éditeur. Refus après refus, elle s'est heurtée à un mur.

Un grand sorcier du marketing a eu cependant le courage et l'honnêteté d'avouer sa bourde devant les caméras de télévision. "Si je peux vous donner un conseil, avait-il dit à J K Rowling, trouvez un autre métier pour gagner votre vie, vous n'avez aucun avenir dans l'écriture."

"Je me suis trompé", ajoute aujourd'hui humblement le marketeux cracmol (*).

J K Rowling est publiée dans 140 pays et a vendu 90 millions d'exemplaires !

Mais rassurez-vous, l'histoire se passe au Royaume-Uni.

Ce n'est pas chez nous qu'une bévue pareille se produirait.

(*) Cracmol : individu né dans une famille de sorciers mais qui ne possède aucun pouvoir magique.

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Hot Couture (Décembre 2001)

Xavier Couture, directeur des programmes de TF1, a le sang chaud. Il n'aime pas que les journalistes fassent la moindre allusion à sa vie privée. Il se chauffe et menace de mettre un terme à l'entretien en partant si on lui parle de sa femme. C'est ce qui est arrivé samedi 17 novembre dans l'émission de Marc-Olivier Fogiel sur France Inter.

Claire Chazal, épouse Couture, n'a pas eu de peine pour publier son roman l'Institutrice, chez Plon. Probablement en l'envoyant par la poste. Comme ses confrères, Plon a sélectionné un bon manuscrit sur quatre mille reçus au courrier et c'est tombé sur celui de Claire. La chance, puisqu'on vous le dit.

Le bouquin était à peine sorti que TF1décidait d'en faire un téléfilm. Là aussi, devant des centaines de propositions de scénarios auxquelles il n'est pas donné suite, l'excellent texte de Claire s'est fait remarquer. La chance, on vous le répète.

Devenir la proie de la presse people quand on est ce qu'on appelle aujourd'hui un couple star ne doit pas être très facile à vivre, reconnaissons-le.

Mais peut-on décemment profiter à plein du système dans lequel on évolue et se plaindre de ses excès ?

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Littérature "générale" : Aussaresses II, le retour (Déc. 2001)

Le général Aussarres s'apprête à publier cette semaine son deuxième livre aux Editions du Rocher, au moment où il est appelé à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris pour "complicité d'apologie de crimes de guerre".

Félicitations au marketing de Jean-Paul Bertrand, patron des éditions du Rocher, pour son sens du "timing-monnaie".

Ses deux éditeurs précédents, Olivier Orban, filiale des éditions Plon, et Xavier de Bartillat, directeur des éditions Perrin, sont également poursuivis sur citation directe du parquet pour "apologie de crimes de guerres".

Dans ce deuxième ouvrage, l'auteur-général prendrait appui sur les événements terroristes pour justifier ses actes passés.

A 83 ans, il démontre que Josyane Savigneau, directrice des pages culturelles du Monde, se trompe quand elle dit qu'on ne peut pas commencer une carrière d'écrivain après 45 ans [Voir mon article sur l'émission littéraire Campus].

En enfonçant le clou, Aussarresse fait mentir l'adage selon lequel où il y a de la gégène il n'y aurait pas de plaisir.

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Mardi 11 septembre 2001 (Septembre 2001)

"Que deviennent et que m'importent l'humanité, la bienfaisance, la modestie, la tempérance, la douceur, la sagesse, la piété, tandis qu'une demi-livre de plomb tirée de six cents pas me fracasse le corps, et que je meurs à vingt ans dans des tourments inexprimables, au milieu de cinq ou six mille mourants, tandis que mes yeux, qui s'ouvrent pour la dernière fois, voient la ville où je suis né détruite par le fer et par la flamme, et que les derniers sons qu'entendent mes oreilles sont les cris des femmes et des enfants expirants sous des ruines, le tout pour des prétendus intérêts d'un homme que nous ne connaissons pas ?"

Voltaire
Le Dictionnaire philosophique, été 1764

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Place du grand tome (Septembre 2001)

Incroyable ! Il resterait 300 places de libres au Panthéon.
Est-ce que Sollers le sait ?

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Pauvert, le ramasse-miettes (Octobre 2001)

Voici enfin Elle m'appelait Miette, la " biographie autorisée " de Loana que vous attendiez
avec fébrilité, vous public que les éditeurs connaissent si bien.

1 million de francs sur la table et Pauvert a remporté le jack-loft.

Selon LIVRES-HEBDO, deux chèques importants ont été signés cette année dans l'édition : 70 millions de francs pour les mémoires de Bill Clinton et 1 million de francs pour Loana.

Il serait cruel de concentrer son ironie sur la seule Loana qui n'est que l'objet d'un
système dont elle profite momentanément, ni même de couvrir Pauvert de sarcasmes
alors que bien d'autres éditeurs "malchanceux" étaient sur le coup.

Ce sont les mêmes qui fustigeaient hier les romans de gare mais qui aujourd'hui sont
bien pressés de les produire sous couvert d'une enseigne abusivement nommée
"culturelle".

Les médias prennent évidemment le relais. Paris-Match consacre plusieurs pages à l'événement et montre l'écrivain à sa table de jardin (de travail), la poitrine inspirée, dans une villa (avec piscine ?) louée par l'éditeur puisque tout le monde se doute que les grands créateurs ont besoin d'aisance. Sans craindre le ridicule, la photo est ainsi légendée : " A la recherche du temps perdu… " Le poids des lolos inspire parfois le choc des mots.

Après la série des gendarmettes, voici donc une madeleine à Saint-Tropez.

Pendant ce temps, des centaines d'auteurs de qualité reçoivent de Pauvert un courrier refusant leur manuscrit : " Ce n'est pas ce que nous recherchons actuellement… Nous n'avons pas de collection pour accueillir votre projet… Nos programmes sont hélas lourdement chargés… Nous ne sommes pas sûrs de trouver un public… "

Les souffrances littéraires ne sont acceptables que médiatiques.

Après le livre, le film ? Un téléfilm ? La porteuse de pain ?

Au diable Pauvert avec ses manières de se faire du blé en roulant le lecteur dans la farine.

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Campus : j'ai décampé ! (Octobre 2001)

C'était la première de Campus, la nouvelle émission littéraire de France 2 animée par Guillaume Durand qui prend en quelque sorte la suite de Bernard Pivot.

Invité: Houellebecq. "Vous avez mis une chemise vichy pour montrer que vous êtes pétainiste ?" Le ton est donné, il sera jeun's, c'est un campus.

Silence impressionnant sur le plateau pour entendre l'auteur énoncer des banalités. Je suis friand de ces grands moments de joie psychanalytique où la niaiserie a rendez-vous avec l'insignifiance. La caméra montre les journaliste présents, bouche bée, espérant de la star (parce que lui sait très bien jouer la star !) un mot, deux mots, qui pourraient les éclairer sur un roman qu'ils n'ont pas compris.

Le temps d'écouter les non-réponses de Houllebecq sur des hésitations à la Modiano, le charme de la profondeur en moins, le temps aussi d'admettre que les gens décidément ne savent plus lire un roman, Josyane Savigneau présente un nouvel auteur de 17 ans (faut rester jeun's), Anne-Sophie BRASME pour son roman Respire publié chez Fayard.

Elle est ravie d'accueillir enfin un auteur jeune. "Les jeunes tardent à écrire, dit-elle, on voit les gens arriver à 45 ans avec un premier roman... Moi je ne suis pas très sûre qu'on devienne écrivain après 45 ans..."

Cette euthanasie littéraire est pour le moins surprenante venant d'une personne qui a en charge les pages culturelles du Monde.

Comment ne pas comprendre la distance qui sépare l'écriture de la publication. Quand on décide un jour de soumettre un manuscrit aux éditeurs, c'est que l'on a pratiqué l'écriture depuis plusieurs années. On ne se réveille pas un matin en décidant de publier un roman, c'est une lente maturation. L'âge de l'auteur au moment de sa première édition dépend aussi beaucoup des éditeurs. Il est très rare qu'ils encouragent un jeune auteur, sauf quand il s'agit bien entendu de Loana. D'une façon générale, je ne suis pas très sûr qu'un jeune auteur (à moins d'être chaudement recommandé ou de faire une bonne rencontre)soit pris au sérieux par les éditeurs. Ou alors ce serait bien le seul endroit dans ce pays qui montrerait de la considération pour la jeunesse.
Et puis il y a le cas Sagan. Tout éditeur doit secrètement rêver de renouveler le phénomène. Du talent à 20 ans, certes, elle en avait. Ajoutez la tentation du coup de pub sur l'image cultivée de la jeune bourgeoise sulfureuse. Tout le monde sait aussi qu'il y a eu d'autres raisons plus intimes à son éclosion.

Le temps ne fait rien à l'affaire, chantait Brassens. Quelle serait l'importance de l'âge en littérature ? Même si elle vient de découvrir les rapports "dominant-dominé" à 17 ans, le style d'Anne-Sophie BRASME peut m'intéresser et me procurer du plaisir. Il est possible cependant que j'aille chercher une autre maturité chez un auteur plus âgé. Et très franchement, quand j'achète un roman, je ne regarde pas l'âge de l'auteur. Il est évident qu'après 45 ans, on a une expérience enrichie, une maturité en principe plus affirmée. L'écriture portera nécessairement un regard différent sur les choses. A 17 ou 45 ans, c'est ce regard qui est intéressant.

Parler d'âge pour publier, c'est envisager l'écriture comme une carrière. Au plus profond de celui qui écrit vibre un artiste. Cet artiste est fabriqué de ses tourments, de ses émotions. Et je ne suis pas certain que celui-là envisage l'écriture comme une carrière de journaliste.

Je vois dans ce reproche de l'âge une contradiction avec ce que dit Philippe Sollers quand il affirme qu'on ne devrait pas écrire avant d'avoir acquis "une vaste culture littéraire" ce qui, vous en conviendrez, demande du temps ! Il faudrait que le petit milieu littéraire parisien se mette d'accord.

Josyane Savigneau est l'auteur de deux biographies : Marguerite Yourcenar, l'invention d'une vie, chez Gallimard, et Carson McCullers, un cœur de jeune fille, chez Stock. Josyane Savigneau ne s'est pas encore essayée au genre difficile du roman.

Elle me fait penser à ces gens qui voudraient systématiquement retirer aux personnes âgées un permis de conduire qu'ils n'ont jamais fait l'effort de passer.

Ce ne fut pas une bonne soirée pour la pauvre Amélie Nothomb qui se fit démolir par une (jeune) critique à propos de son roman Cosmétique de l'ennemi (Albin Michel).

Mince alors ! Ils jouent le jeunisme et voilà qu'ils détruisent une jeune femme ! C'est vrai qu' Amélie a plus de 17 ans, ce qui est impardonnable.

On attend d'une critique, même négative, qu'elle soit raisonnée, intelligente. Qu'entend-on ? "C'est nul... Il n'y a pas d'histoire... Que des dialogues... Elle est mauvaise dans les dialogues... C'est un espèce de style bidon, des phrases ciselées...Sans aucun humour... C'est nul..."
Et tout le monde semble d'accord autour de la table : c'est nul...

Alors moi je dis ceci : d'abord, espèce est toujours au féminin. On dira donc, chère critique, une espèce de style bidon. Il faudra un jour nous organiser un cours de stylistique sur ce qui est bidon et sur ce qui ne l'est pas.

Les phrases ciselées : même s'il faut s'arranger pour que le lecteur ne voit pas le travail, c'est quand même celui de l'écrivain de ciseler un peu ses phrases, non pas pour sophistiquer mais pour donner plus de nervosité ou de grâce à son style. C'est vrai que chez Nothomb certaines phrases sont un peu scolaires, les dialogues téléphonés, peu naturels, trop "écrits", mais ça ne suffit pas à gâcher l'ensemble. C'est vrai aussi que l'écriture traverse une époque où il faut faire dans le décontracté. Il est bien vu d'écrire comme on parle. A force de rechercher l'extrême simplicité, on arrivera bien à trouver le simplisme. Genre : dire "C'est nul" pour jouer à l'ado dégoûté. Ou écrire comme Houellebecq, à propos de tout, que c'est "con".
"Pourriez-vous développer votre pensée ?" dira le professeur.

Sur le problème de l'humour en littérature : Philippe Sollers (décidément on va nous marier) a déclaré cet été sur France Inter qu'en France, pour être reconnu comme écrivain, il ne fallait pas avoir d'humour. Alors ? En avoir ou pas ? C'est important d'en avoir ou d'en manquer dans un roman ou c'est le sujet qui dicte le ton ?

Sur la nécessité ou non de l'histoire : pour certains, raconter une histoire ne fait pas roman moderne, genre Nouveau roman. Pour d'autres, l'absence d'histoire réduit à l'observation narcissique des reliefs de son nombril.
Alors, histoire ou pas ?
Et si on écrivait tout simplement ce que l'on a envie d'écrire ?
Avec son cœur, ses passions, ses douleurs, son humour, ses révoltes.

Le téléspectateur attentif que je suis a donc bien compris que le comité de lecture de chez Albin Michel (qui a aimablement refusé mon roman) et qui publie Amélie Nothomb est complètement nul ! Ah ! je respire !
Car c'est quand même bien ce qu'il faut en conclure : si Amélie Nothomb était tombée sur cet attroupement de spécialistes dans un comité de lecture, elle n'aurait jamais été éditée !
Et elle n'aurait jamais obtenu le Grand prix de l'Académie française pour son roman Stupeur et tremblements...

Le problème, c'est que les lecteurs achètent Amélie Nothomb. Faut-il en déduire, comme pourrait le dire Houellebecq, que "le public est un con" ? Mais alors, si Albin Michel édite un auteur nul c'est qu'il a compris que le public est con ?

Les choses deviennent trop compliquées pour moi, mais avouez que ma démonstration est imparable !

Ah ! qu'il est doux de s'auto-éditer quand tous ces rigolos s'agitent autour de vous !

Voilà pourquoi devant ce Campus, moi j'ai fini par décamper.

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Stephen King traque les souverains poncifs (Octobre 2001)

Dans son dernier livre ÉCRITURE, mémoires d'un métier, publié chez ALBIN MICHEL, Stephen King donne quelques conseils d'écriture aux écrivains.

Ne vous attendez pas à un enseignement de haute volée malgré l'éloge de la quatrième de couverture qui n'hésite pas à qualifier ce livre de "hors norme et génial, tout à la fois essai sur la création littéraire et récit autobiographique. Mais plus encore révélation de cette alchimie qu'est l'inspiration." Je comprends mieux pourquoi mon manuscrit a été refusé par ALBIN MICHEL. Si c'est ce niveau-là de l'écriture qui leur suggère le génie et le hors norme, il y avait de toute évidence une distance technique et une incompréhension entre nous.

Reprenant sans doute l'équivalent américain du Larive & Fleury, son cours de grammaire en CM2, Stephen King écrit, page 231 : "La comparaison zen n'est que l'un des pièges potentiels du langage au figuré. Le plus courant (le manque de culture littéraire est d'ailleurs à peu près toujours à l'origine de ce qui nous fait chuter) est l'utilisation de comparaisons, métaphores et images qui sont devenues des clichés. Il courait comme un fou, elle était jolie comme un coeur, il s'est battu comme un lion... Ne me faites pas perdre mon temps avec des poncifs aussi éculés. Vous risquez de passer pour paresseux ou ignorant. Aucune de ses descriptions n'améliorera votre réputation d'écrivain."

Toujours prêt à prendre une leçon qui améliorerait mon style dans l'espoir d'être reconnu un jour par un éditeur traditionnel, j'ai donc consulté au hasard deux titres récents, deux romans, du catalogue... ALBIN MICHEL.

Premier exemple, le dernier roman d'un grand écrivain dont je ne citerai pas le nom par délicatesse, mais qui est publié parce qu'il présente le journal de 20 heures sur la première chaîne de télévision. Je prends une page au hasard. Je vous jure que je ne mens pas, vous pouvez vérifier.

Que lit-on :

- "Barbara lui répondit d'un pâle sourire..."
- "... cheveux noirs mi-longs, yeux verts, [...] carrure athlétique..."
- "... elle attisait le regard des hommes."
- "Elle démarra sur les chapeaux de roues..."
- "... s'en méfiaient comme de la peste."
- "... tandis que leurs épouses les fusillaient du regard..."
- "... qu'il valait mieux ne pas tomber dans ses filets."

Deuxième exemple : le roman d'un grand écrivain (tiens ? certains ont le droit de publier un premier roman après 45 ans ?) dont je ne citerai pas le nom par délicatesse, mais qui est publié parce qu'il fait aussi tomber la neige.

Je vais me limiter à lire le début du roman, c'est-à-dire l'insipide, pardon : l'incipit.

"Bruxelles endimanché a lâché ses blancs moutons dans son ciel de printemps."

C'est beau comme une rédaction du CM2.

Que disait Stephen ? Ah oui : "... Vous risquez de passer pour paresseux ou ignorant."

Je ne sais pas si je dois m'adresser à Monsieur Albin ou à Monsieur Michel, mais, franchement, vous devriez dire à Monsieur King que ce n'est pas sympa de sa part de montrer du doigt les défauts de ses petits camarades.

C'est pas moi qui ferais une chose pareille...

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L'annonce faite à Marie-Rose (Septembre 2001)

J'ai vu à la devanture d'une pharmacie cette publicité pour un produit anti-poux : "Si votre enfant se gratte la tête, inspectez sa chevelure."
Il n'y a pas si longtemps, quand on voyait quelqu'un se gratter la tête, on l'imaginait cherchant une idée.
Mauvais signe des taons, aujourd'hui la progression des intelligences sera plus... lente.

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Faux mage et désert (Novembre 2001)

Tout le monde connaît la célèbre Elizabeth Teissier, désastrologue réputée, carto-mitterrandienne, tireuse de carpes, maboule de cristal élyséenne, abrégée de sociologie en Sorbonne (ne riez pas, certains membres du jury sévissent peut-être aussi dans un comité de lecture qui vous a refusé un manuscrit ou qui s'apprête à le faire...) et, cela va de soi, écrivain-vaine qui a sûrement du style et quelque chose d'intelligent à dire à l'humanité puisqu'elle a trouvé sans peine un éditeur depuis belle lurette.

Elle publie donc ses prévisions pour l'année 2002.

Souvenez-vous, elle notait à la date du 11 septembre 2001 : "Jour heureux pour les transports."

Pour 2002, elle prédit une situation internationale stabilisée, la fin des guerres et la reprise économique.

En conséquence, voici mes prévisions : attendez-vous au pire !

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Gourance chez les gourous (Novembre 2001)

Le nouveau maire élu de New York est finalement celui donné comme perdant par tous les organismes de sondages.

Rendons ici un hommage appuyé à tous ces as du marketing qui prétendent tout savoir du public, maîtriser ses choix et ses réactions, et auprès desquels notre Elizabeth Teissier nationale fait figure de scientifique nobélisable et de redoutable technicienne en prévoyance de l'imprévisible imprévu.

Serait-ce les mêmes qui, dans les maisons d'édition, vous assurent qu'il n'y a pas de public pour ce que vous écrivez ?

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Plus de peur que de mâles (Octobre 2001)

L'éditeur Plon vient de publier un livre intitulé : "J'ai connu sept ministres de l'Éducation nationale". L'auteur : Monique Vuaillat.

Fort heureusement, une bande sur jaquette précise : "Pendant 17 ans à la tête du principal syndicat d'enseignants".

Ouf ! J'avais pris peur. J'ai cru un moment que Catherine Millet avait fait une adepte !

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Robbe-Grillet dégomme (Octobre 2001)
(Allusion à son deuxième roman Les gommes. J'explique, sinon mon jeu de mots est grillé.)

Dans Le Voyageur (Christian Bourgois Éditeur), on trouve un entretien accordé par Alain Robbe-Grillet au magazine LIRE en 2000.

Sur la littérature d'aujourd'hui : Ne pas déranger

"Aujourd'hui, un jeune écrivain se doit d'avoir un appartement, un chien, une femme , une voiture, un poisson rouge. Il veut vendre ses livres vite et en vivre bien. Et il deviendra d'autant mieux un auteur de best-sellers que sa littérature ne dérangera pas. [...] La littérature est faite de littératures. Il y a la littérature qui dérange et celle qui ne dérange personne. [...] On peut craindre que les jeunes écrivains ne refoulent leur capacité de dérangement. Mais ont-ils vraiment envie de déranger ? C'est peut-être notre époque qu'il faut incriminer."

Sur l'édition : Le pognon d'abord

"Autrefois, le métier d'éditeur ne relevait pas vraiment du commerce. Le vieux Fischer, par exemple, qui est à l'origine de plusieurs prestigieuses maisons d'édition allemandes, définissait ainsi son activité : "Publier des livres dont le public ne veut pas." Jérôme Lindon était ainsi. De nos jours, perdre de l'argent, c'est stupide. Autrefois, c'était en gagner qui était plouc !"

Sur les prix littéraires : Des navets pour des poires

[...] "Le seul objectif des prix littéraires, c'est de faire vendre des livres. [...] Si les livres primés ne se vendent pas, le prix disparaît. J'ai fondé plusieurs prix, et participé à des quantités d'autres? Le premier a été le prix de Mai. [...] Nous avons couronné uniquement des livres qui n'étaient ni médiatiques ni médiatisables. Et le prix a disparu tout simplement. Pourquoi le prix Médicis a survécu ? Parce que nous couronnons au moins une année sur deux un navet vendable.
On fonde un nouveau prix parce qu'on trouve que les autres ne couronnent pas assez de livres intéressants. C'est comme cela que le Renaudot a été créé, en réaction contre le Goncourt, le Médicis contre le Femina. On commence donc par choisir des livres difficiles et intéressants. Mais on s'aperçoit très vite qu'il ne faut pas exagérer !
Autre problème : la plupart des jurés de bonne valeur littéraire ne tiennent pas le coup. Il faut une sacrée dose d'énergie vitale et d'humour pour résister aux réunions d'un prix littéraire.
[...] Il faut aussi supporter, évidemment,la pression des grands éditeurs. [...] La seule chose que je regrette, c'est que, contrairement à ce qu'on entend dire, on ne nous paye pas. [...] Il y a seulement tout un jeu d'amitiés, et souvent pour son propre éditeur."

"... nous couronnons au moins une année sur deux un navet vendable."

Et c'est ainsi que la France littéraire s'emmerde.

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La France littéraire s'ennuie... (Novembre 2001)

Il y a quelques jours une dépêche A.F.P. rapportait les états d'âme de LIVRES HEBDO, le journal des professionnels de l'édition. "La rentrée est d'un ennui total", estimait Pierre-Louis Rozynès, rédacteur en chef de la revue ; "opinion qu'il n'est pas, loin s'en faut, le seul à partager." ajoutait la dépêche.

On retrouve ce même sentiment dans l'éditorial du dernier numéro du MATRICULE DES ANGES (*).


"On a donné des prix littéraires la semaine dernière. On va encore en donner cette semaine. Voilà. C'est comme les feuilles en automne, Noël en décembre et le régime minceur en juin. Même si elle est quasiment imperceptible depuis quelques années, habituellement cette période des prix est vécue avec un peu d'excitation par quelques-uns des acteurs du livre. Mais cette année, non. C'est tout mou. Évidemment on évoquera les événements du 11 septembre, les bombardements de l'Afghanistan pour expliquer l'ambiance morne de la rentrée. Bien sûr. Il n'y a qu'à voir comment le soufflet du scandale Houellebecq (convenu et programmé) est retombé. Comment la polémique d'arrière-garde lancée par Le Figaro sur la Bible réécrite par les écrivains a fait flop (pschiiittt dirait Chirac, histoire d'élever le niveau à la hauteur des onomatopées).

Mais quand on regarde la liste des Goncourt (et le primé, Jean-Christophe Rufin) on se dit qu'avec ou sans Ben Laden, la littérature officielle est bien morose. Plate. Sans pensée ni saveur (exceptée Marie Ndiaye qui a obtenu le Femina), cette littérature de salon (plutôt faubourg Saint-Honoré que Brive, encore que…) ne mange pas de pain, ne fait mal à personne et surtout pas à la société à laquelle elle renvoie une image lisse. Dis-moi que je suis la plus jolie et je te donnerai un prix…

Ce n'est pas forcément nouveau même si ces dernières années on avait senti un frémissement (Échenoz en Goncourt, c'était pas mal). Mais la nouveauté vient peut-être plus du fait que les éditeurs anticipent cette mollesse. Peu de livres publiés cette année semblent avoir été écrits par nécessité. Alors voilà, on lit light. Et on s'ennuie.

Ce qui est positif, c'est qu'on sait ce qu'il est advenu la dernière fois qu'on a écrit : "La France s'ennuie ". On verra bien si cette année sabbatique annonce une révolution. Au moins littéraire."

(*) Vendu dans chez votre marchand de journaux ou sur abonnement, LE MATRICULE DES ANGES se présente comme un magazine indépendant de littérature.

http://www.lmda.net

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Parricide la sortie ! (Novembre 2001)

Deux piliers du PAF sont tombés dans la plus grande indifférence d'un public ingrat et inculte : le gentil père Foucault qui ne ferait pas de mal à une tour et le rejeton turbulent Dechavanne ont été sortis des programmes de TF1, leur émission n'ayant pas retenu le public sur lequel elle comptait.

Compte tenu de l'investissement financier que suppose la mise en place de telles productions, on peut quand même espérer que de sérieuses études de cibles l'avaient précédé.

Le marketing se serait-il trompé ?
Le public serait-il insaisissable ?

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Publishing victim (Novembre 2001)

Le jeune Steevy, l'enlofté de M6,annonce la prochaine sortie de... "son" livre ! (Qui n'a pas son bouquin ? Qui n'a pas son bouquin ? Demandez un éditeur !!!)

L'heureux événement éditorial est attendu pour le 21 novembre.

Il s'agira d'un livre "d'images" (à colorier ?) [Je pense qu'il veut dire de "photographies"], s'empresse de préciser l'auteur délofté, "je n'ai pas assez vécu de choses pour écrire ma biographie."

Mais non, tu rigoles !
En grattant un peu, un éditeur peut toujours trouver quelque chose !
Tu sais, un éditeur c'est un dénicheur, un découvreur de talents (la preuve : ils ne t'ont pas manqué) capable de reconnaître un auteur de dos, simplement en le regardant marcher ! Et puis en creusant ton Œdipe, il y a en bien un qui trouvera du pétrole ! (On t'expliquera.)

Maintenant si tu tombes sur un éditeur qui te demande de te crever les yeux ou de te couper les roupettes, fuis-le, même si c'est pour la promo, c'est un pervers. Regarde, c'est ce qui est arrivé à Andrea Boccelli, maintenant il est obligé d'aller chanter en duo avec une académichieuse dans Star Académy et en regrettant probablement de ne pas être sourd ! (On t'expliquera plus tard.)

On est en droit de se demander quel intérêt le fameux "public" pourra trouver au déballage photographique du petit Steevy. Car enfin, sa clinique de naissance c'est tout de même pas Colombey-les-deux-églises, et même nu sur une peau de bête à dix mois on a peu de chance de lui trouver un air de famille avec Rocco Siffredi.

Messieurs les éditeurs, les photos de vacances du délofté, on-s'en-fout !

On attend de connaître le nom du grand "éditeur culturel" dont le comité de lecture (?) a immédiatement retenu les photos envoyées probablement par la poste.

C'était pas la peine de nous épargner le petit pois des mots pour nous infliger la broc des photos.

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"Rentrée" littéraire (Septembre 2001)

Expression métaphorique inventée par le marketing pour indiquer aux lecteurs de base amoureux de vraie littérature qu'ils risquent de se faire gentiment sodomiser.

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Eur'up and down (Septembre 2001)

Laure Delattre (la peste du loft) vient d'être engagée par Europe 1 comme... critique de télévision. "C'est génial, dit-elle, c'est super !"

Ah ! comme c'est agréable d'entendre quelqu'un bien parler de son métier !

Invitée samedi soir 1er septembre dans l'émission Tout le monde en parle, Thierry Ardisson a osé cette question à la lofteuse : "Vous engager comme critique télé, vous ne pensez pas que c'est se foutre de la gueule du monde ?" - Ah ! non, répond Laure (oui parce qu'elle a du répondant), au contraire, c'est génial, c'est super !"

Ouais, ma chérie, on ne peut mieux dire.

A quand Kenza critique littéraire ?

On peut parfois regretter qu'un percing sur la langue n'empêche pas de s'en servir.

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Loft Scories : les psys causent (Septembre 2001)

Rififi chez les psys du loft. On les voyait sur le plateau de M6 s'exprimer posément, le sourire zen, preuve d'une grande maîtrise de soi, d'équilibre et de grande sagesse intérieure. Cette belle sérénité vient de voler en éclats au cours de l'été et la brutale réalité des caractères, des jalousies de métier et des intérêts financiers ont pris le dessus des grandes théories.

Les deux psys en question ont chacun publié un livre. Ça, je vous avais prévenu, c'est bien fait. Didier Destal a sorti Les Miroirs du loft le 12 juillet aux éditions Plon. Marie Haddou (vous savez, c'est celle qui trouve normal qu'on soit toujours au biberon et qu'on dorme avec sa peluche à 23 ans...) signe dans la foulée La psy du loft raconte aux éditions Flammarion.

Du coup, le psy-chef est entré en guerre contre la psy-gourde. Elle n'était là que pour la frime, elle n'est pas autorisée à parler, elle ne s'est occupée de rien, ce n'était pas la vraie psy. Et vas-y que ça balance !

Dans VSD du 12 juillet, le psychiatre Samuel Lepastier est très sévère à l'égard de ses collègues à qui il reproche d'avoir accepté ce rôle dans l'aventure du loft : "Depuis 1945, tout le travail des psychiatres des hôpitaux consiste non pas à enfermer les malades mais à les faire sortir de l'asile pour les réintégrer dans la société. Tout psychiatre sait que l'enfermement est une expérience traumatisante qui peut provoquer des effets de régression."

Tu rigoles ou quoi ? Une régression des lofteurs serait à craindre ? Moi, tu vois, je ne suis pas psychiatre, mais je suis convaincu qu'une régression n'était pas à redouter. Impossibilité, disons... technique. Comme dirait l'autre : "C'est clair..."